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Le Complet de la Langue Fangh – Home
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Le Complet de le Langue Fangh
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Cette page web nous présente ce nouveau livre Le Complet de la Langue Fangh. Veuillez en lire le texte d'introduction ci-après:
Observations
La conception d'un Précis de Grammaire est loin d'être un passe-temps. On ne se met pas à réfléchir sur la façon dont une langue peut avoir un code scriptural formel parce qu'on n'a pas mieux à faire. Tout au contraire, la recherche de la formalisation scripturale d'une langue est un exercice non seulement difficile, mais aussi et surtout utile et noble. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons besoin de nous expliquer très clairement sur nos motivations dans cette entreprise.
En effet, la conception d'un Précis de Grammaire est, tout d'abord, un exercice difficile parce que c'est une recherche scientifique, la langue étant un objet de science; d’où la recherche de la compréhension du fonctionnement d'une langue donnée ainsi que la transcription formelle de sa structure constituent le module central du domaine scientifique que nous connaissons sous le nom de Linguistique.
Deuxièmement, la conception d'un Précis de Grammaire est un exercice utile parce qu'il aboutit à la réalisation d'un code scriptural capable de possibiliser une utilisation beaucoup plus intelligible de la langue; d'où la recherche de la littéralisation de sa propre langue a été l'orientation centrale de toute communauté culturelle qui a réussi à se surpasser dans l'histoire.
Et en fin, la conception d'un Précis de Grammaire est un exercice noble parce que c'est une tâche civilisationnelle qui a pour objet d’orienter une communauté culturelle vers la consolidation de ses capacités d’inspiration au moyen de l'harmonisation et l'uniformisation de son mode d’expression; d’où la recherche de la transformation d'une langue en un outil puissant de communication académique, artistique, littéraire, philosophique, scientifique, technologique et politique constitue la marque centrale de tout peuple qui a réussi à accéder au rang de peuple civilisé.
La naissance des civilisations humaines est ainsi, sans doute, étroitement liée à la naissance des langues écrites. En fait, depuis l’antiquité Kémétique jusqu’à la post-modernité Nipponnique, aucune civilisation n'a pu se faire une existence que par rapport à une langue qui a pu se faire une écriture.
C'est d'ailleurs pour cette raison que, à titre de définition pragmatique, une Civilisation n'est rien d'autre que "le produit matériel d'une inspiration collective, émanant d'une communauté culturelle qui a grandi en connaissance et en sagesse au moyen d’une transmission codée de son propre mode de vision et d'expression; c'est-à-dire ses réalisations en art, en littérature, en architecture, en philosophie, en science, en technologie, en inspiration spirituelle et en organisation politique, au moyen seul d’un code scriptural capable de transmettre avec fidélité et ponctualité sa propre façon de penser et de parler."
De ce fait, une langue humaine n'est pas qu’un outil d’échange d’informations. Une langue c’est d’abord le cordon mystérieux qui lie tous les individus qui la parlent et qui, par ce fait même d’avoir une même langue maternelle, forment une communauté culturelle, c’est-à-dire un peuple, et sont, ainsi, appelés à se reconnaître comme une nation et, en conséquence, destinés à ériger une civilisation ensemble.
Ceci veut dire qu'il n'y a point de civilisation sans nation, car c'est une nation qui battit sa civilisation. Mais il n'y a point de nation sans peuple, car c'est un peuple qui s'autodétermine en nation. Or, un peuple ne se reconnaît que par sa langue.
En clair, ce n’est qu’à partir de sa propre langue maternelle qu’une communauté culturelle peut s'affirmer en tant que peuple, se déterminer en tant que nation et s'humaniser en tant que civilisation.
C’est cette Loi qui soutendent les mécanismes de l'évolution humaine, c’est-à-dire la disposition de chaque société humaine à se dépasser matériellement par la force des richesses immatérielles inspirées de son âme culturelle, telle qu’exprimées à travers sa langue maternelle. Et c’est l’ensemble de ces dépassements culturels, société par société, qui mène vers le dépassement de la totalité de la conscience humaine.
Ainsi, la perspective de civiliser l’humanité ne consiste pas à globaliser l’inspiration humaine par l’élaboration en Occident ou en Orient d’une langue universelle qui soit capable de civiliser tout le monde à la fois; mais plutôt à donner à chaque communauté culturelle l’opportunité de se civiliser par elle-même et par sa propre langue maternelle. Ceci est une Loi qui ne peut être dépassé par aucun artifice.
Motivations
La raison pour laquelle nous avons dû commencer par observer une Loi aussi vieille que celle que nous venons de citer ci-dessus – pratiquement plus vieille que la conscience humaine (car même le simple instinct grégaire qui était à la base de la constitution de la société de l'homme préhistorique, c'est-à-dire l'homme pré-conscient, n’était déclenché que par rapport à l'intelligibilité de son langage vis-à-vis de ses congénères) – c'est parce qu'il semble s’être produit un événement mystérieux en Afrique noire il y a environ 500 ans; un événement provoqué par quelque chose comme une intelligence maléfique dont le déploiement semble avoir réussi à détourner tout un genre humain de cette grande Loi pour transformer tout un continent en un harem de clients.
En effet, la transformation du monde négro-africain en un harem de clients du monde a été l’une des machinations psychologiques les plus subtiles qui aient été mises au point par l’intelligence humaine – une machination dont l’outil principal de déclenchement a été l'arrogance du colonisateur européen vis-à-vis de son colonisé africain.
Pour ne prendre, à titre d’illustration, que le dualisme socio-politique qui a opposé les colons anglais aux colons français – les deux puissances européennes qui ont le plus contribué à l’invention de l’Afrique noire d’aujourd’hui – nous verrons comment se sont déployés les deux points forts de l'arrogance européenne vis-à-vis des africains.
Évidemment, les anglais et le français n'ont pas employé le même type d'arrogance face à leurs colonisés d'Afrique noire. Les anglais ont surtout employé une arrogance raciale basée sur l'idée que la race blanche est une race supérieure, tandis que les français ont plutôt employé une arrogance culturelle basée sur la présomption que la culture française est une culture supérieure.
C'est pour cette raison que, au moment de concevoir leurs politiques sociales coloniales en Afrique noire, ils ont insisté sur la ségrégation des races entre écoles, hôpitaux, lieux de divertissement public et ainsi de suite. Entre temps, ils acceptaient le mélange des cultures, jusqu'à accepter l’étude des langues nègres dans leurs propres écoles, parce que la race était le point fort de leur arrogance envers le nègre. Un anglais qui approchait une femme noire risquait de se faire lyncher par ses propres frères pour indignité, alors qu’un autre anglais qui était soupçonné de baragouiner le Swahili ou le Zoulou ne représentait aucune indignité pour son genre.
Les français, par contre, ne se préoccupaient pratiquement pas des différences raciales. Ils ne s'occupaient même pas de qui couchait avec qui, à la seule condition que les protagonistes parlassent en bon français. Tout homme qui parlait un français impeccable était ainsi accepté parmi les blancs malgré la noirceur de sa peau.
Ainsi, pendant que les anglais n'auraient accepté un individu que si celui-ci était assez blanc pour mériter d’être près des blancs quoi qu’il ne pût même pas dire un mot en anglais, les français, quant à eux, n’auraient plutôt accepté un individu que si celui-ci était assez bien intégré dans la culture française, principalement à travers un usage parfait de la langue française, sans même trop s’occuper de son teint.
En d’autres termes, pendant que les français croyaient qu'un nègre n'était assez bon que s’il était assez français, les anglais croyaient plutôt qu'aucun nègre ne pouvait être assez bon pour être anglais, puisqu’il ne pouvait pas être blanc.
Ce n'est pas surprenant que l'histoire des colonies anglo-saxonnes soit dominée par des problèmes de tensions raciales par rapport à celle des colonies françaises; car pour les anglo-saxons, si on n’est pas blanc on ne peut pas être digne d’humanité. En revanche, les colonies françaises ont plutôt été dominées par des problèmes de tensions culturelles; car pour les français, si on ne parle pas du bon français on est à peine humain.
Comme conséquence, nous avons vu l'évolution de deux conceptions différentes de la notion d'identité entre l'Angleterre et la France, et surtout en ce qui concerne les citoyens non-blancs. Pendant que les anglais croient en ce qu'ils appellent "minorités ethniques britanniques" – en fait, des communautés raciales non blanches (mises dans leurs petits coins pour mettre en application la ségrégation raciale à un niveau un peu plus subtile) – les français, par contre, ne croient pas en l'idée de communautarisme ethnique en France. Ils croient plutôt à la "Francité absolue pour tout homme qui est assez français pour mériter d'être français", aussi sombre puisse être sa peau.
C'est ainsi que nous avons vu l'apparition de deux types de politique d'Extrême Droite entre ces deux voisins européens. Pendant que le BNP en Angleterre déteste les gens dont la peau n'a pas été assez blanchie pour mériter d’être britanniques, le FN(P) en France déteste plutôt les gens dont l'assimilation à la culture française n'a pas été assez parfaite pour mériter d’être français. Pendant que Nick Griffin est exaspéré à l'approche des gens à la peau sombre en Angleterre bien que parlant anglais, Le Pen est plutôt dérangé par les gens qui parlent Wolof en France sans même trop s'occuper de la couleur de leur peau. Ici, Nick Griffin est trop sourd pour entendre la langue, tandis que Le Pen est trop aveugle pour voir la couleur.
Ce sont ces deux comportements socio-politiques européens qui ont créé les deux espèces négro-africaines que nous avons aujourd’hui: l’une qui croit que pour être évolué il faut devenir blanc, et l’autre qui croit que pour être civilisé il faut adopter une "culture blanche", par sa langue, bien sûr. Et parfois, on s’est souvent retrouvé avec des individus qui appartiennent à ces deux espèces à la fois, c’est-à-dire qu’"il faut être blanc et parler une langue blanche pour être humain".
C'est à partir de cette dualité psychologique que la mentalité coloniale s'est forgée, jusqu’à devenir l’idéologie psycho-sociale du négro-africain d’aujourd’hui; si bien que nous sommes arrivés à un point où nos maîtres ont presque réussi à nous faire croire que seule la pratique de leurs langues, à défaut de porter leur teint, peut nous donner la chance de ressembler à des êtres évolués et civilisés.
C’est d’ailleurs de là que tient le comportement même de ce que nous appelons aujourd’hui ‘‘intellectuels africains’’; ceux qui se battent pour faire du monde noir un champ de bataille pour l’imposture des valeurs de l’homme blanc.
Ainsi, pendant que les uns – à l’exemple de cette jeune femme qui est passée un jour à la chaîne 1 de télévision de l’actuel Gabon pour déclarer que ''l’usage de nos langues vernaculaires est à proscrire en milieu professionnel dès lors qu’on a le français" – se battent pour un déploiement beaucoup plus robuste de la Francophonie en Afrique noire, les autres – tels ce jeune homme qui, dans sa thèse de doctorat, a écrit que "la langue anglaise est la clé du développement du Gabon [ou même de l'Afrique]" – se battent plutôt pour la soumission du monde noir à l’anglo-saxonnie. Les deux tendances n'étant que des réceptacles de la classe typique de ce que les blancs appellent "des nègres bien éduqués" – ceux éduqués à se battre pour la disparition des valeurs nègres face aux valeurs occidentales sur leur propre terre.
Nous ne serons pas surpris, comme conséquence directe de cette idéologie psycho-sociale, d'assister à la création de "départements de littérature africaine" dans ce qui est aujourd’hui pris pour "nos universités."
En fait, le principe d’attribution d’une littérature n’est pas aussi mystérieux que ça: une littérature ne se réfère qu’à la langue en laquelle elle est écrite. C'est clair comme l'eau de source:
- Quand on dit littérature française, il s’agit d’un ensemble de textes écrits en langue française.
- Quand on dit littérature chinoise, il s’agit d’un ensemble de textes écrits en langue chinoise.
- Quand on dit littérature arabe, il s’agit d’un ensemble de textes écrits en langue arabe. etc. etc.
La question ici est très simple: quelle est cette langue qui est connue comme ‘‘langue africaine’’ et en laquelle cette ‘‘littérature africaine’’ est écrite?
Ce qui se passe ici est très sérieux. Il semble que quelqu'un de très intelligent, bien plus intelligent que le blanc moyen, et encore beaucoup plus intelligent que le plus révélé parmi les noirs, a réussi, par le truchement de la mentalité coloniale, à concevoir une sorte de dogme anti-égalitaire entre le noir et le blanc, de façon à mettre au point une stratégie effective de décalages conceptuels ayant pour objet de légitimer un système de standards multiples d’appréciation des valeurs humaines, de telle sorte que l'homme noir ne puisse voir en ses propres valeurs que de simples reflets imparfaits des valeurs de l'homme blanc. Ainsi, pendant que l'homme blanc sait qu'il ne peut avoir de littérature que si celle-ci est écrite en sa propre langue maternelle, l'homme noir est plutôt éduqué à croire que sa langue maternelle n'est pas assez bonne pour exprimer des vertus littéraires. D’où finit-il par falsifier un concept aussi noble que le concept de littérature en établissant comme vraie l’idée qu’il suffit qu’un texte soit écrit par un individu qui se passe pour un africain – bien qu’écrit en français ou en anglais – pour qu’il s’agisse d’une ‘‘littérature africaine’’.
Or, non seulement n’est-il point possible qu'une université qui fonctionne en langue française soit la propriété d'une nation autre que la France, il n'est pas non plus possible d'avoir une littérature au nom de tout un continent habité par une multitude de cultures chacune ayant sa propre langue à elle; et en plus, cette littérature n'est écrite en aucune des langues de ce continent.
En fait, il n’existe pas de littérature africaine. Du moins, pour l’instant, ça n’existe pas encore. Et voilà que nous sommes en train de distribuer des maîtrises aux enfants dans un domaine académique qui n’existe pas, juste pour plaire à l’homme blanc qui est si déterminés à faire de nous de simples consommateurs de ses littératures tout en nous donnant l'impression que ces littératures sont nôtres.
Et pourtant, entre la France et la Síefangh, le principe es exactement le même: nous avons affaire à deux langues maternelles destinées chacune à faire son poids culturel dans le monde.
Mais attention. Lorsque nous disons ‘poids culturel’, nous ne voulons pas dire poids dansant [parce que le dogme anti-égalitaire semble avoir déjà réussi à forger dans la tête du négro-africain d’aujourd’hui l’idée que le concept de Culture ne doit rimer qu'avec la danse – il suffit de savoir danser pour se faire déclarer personnalité culturelle]. Or, la danse c’est du folklore. Car le concept de Culture, quant à lui, rime plutôt avec les exploits en art, en architecture, en littérature, en philosophie, en science, en technologie, en inspiration spirituelle et en organisation politiques que chaque peuple a réalisés au cours de son histoire au moyen seul de sa langue maternelle. C’est cette Loi qui est observée en Occident et en Orient. Ce qui, sans doute, a fait des occidentaux et des orientaux des êtres culturels dignes de leurs valeurs et maîtres de leur destin; mais surtout, maîtres de nous autres-là qu'ils ont réussi à désorienter de cette Loi pour faire de nous de simples clients de leurs cultures.
Questionnements
Il y a environ dix ans que nous avons décidé de nous rendre en Occident. Mais contrairement aux objectifs pour lesquels la plupart des jeunes africains se rendent en Occident, nous ne nous y sommes pas rendus pour nous munir des meilleurs diplômes du monde civilisé afin de mériter des postes succulents une fois de retour; ni encore moins d’élire domicile sous des mains blanches.
La seule raison qui nous a catapulté vers l'Occident a été notre besoin ardent de faire face aux fondements historiques, politiques et épistémologiques du dogme anti-égalitaire qui, aujourd’hui, est au centre de la définition des rapports entre l'existence du négro-africain et celle de ses voisins d’Europe et d’Asie. Car il nous a semblé, à un certain moment de notre vie estudiantine, que nous étions face aux séquelles d’une sorte d’accident inexplicable; un accident cosmique; une sorte de court-circuit qui aurait eu lieu dans le fonctionnement de la pensée de Dieu au moment où l'Esprit s'est mis à concevoir l'humanité; un mal de tête qui aurait amené Dieu à concevoir, comme par inadvertance, une humanité dans laquelle tout un genre humain serait irrémédiablement destiné à être soumis à un autre.
En termes plus humanistes, la question qui nous a forcé à séjourner en Occident a été celle de savoir ce que l’homme blanc a fait pour mériter d’avoir un visage de maître vis-à-vis de nous. Mais surtout, la question, à l’inverse, de savoir ce que l’homme noir n’a pas fait pour mériter d’avoir un visage de domestique vis-à-vis de l’homme blanc.
Mais, à notre grande surprise, tout ce que nous avons appris de ces dix années de fouilles et de réflexions intensives n’a été qu’une phrase presque débile –: le fonctionnement de la pensée de Dieu ne repose que sur un seul principe – Loi Juste.
C’est une Loi parce que c'est une démarche sans faille; et cette Loi est Juste, parce que les outils pour emprunter cette démarche sont distribués à tous d'une manière équitable.
En effet, pour ne prendre que le seul aspect qui nous intéresse ici, le fait que la grâce de posséder une langue – la seule grâce qui élève l'homme au milieu des hommes – ait été distribuée à tout ce qui est humain d'une manière équitable, peut à lui seul prouver que la domesticité culturelle et linguistique dont souffre le négro-africain d'aujourd'hui n'a aucun fondement divin. Tout au contraire, le Père n’a fait aucune exception au nègre lorsqu'Il a jugé bon d'hériter tout être humain d'une langue appropriée à son âme culturelle, la seule langue capable de l'aider à exprimer la totalité de son inspiration civilisationnelle.
En d'autres termes, l'idée que Dieu aurait crée une race totalement muette, destinée à se comporter comme une sorte d'espèce animale, sans langage articulé, et qui, pour pouvoir s'exprimer, doit espérer qu'une autre race lui fasse la grâce de lui apprendre ses langues – c’est-à-dire l’idée que le nègre devrait toujours traverser des frontières linguistiques pour pouvoir exprimer les profondeurs de son inspiration artistique, littéraire, philosophique, scientifique, technologique, spirituel et politique – est une idée qui ne provient pas de la Sagesse Cosmique Créatrice de l'entreprise humaine. Bien au contraire, cette idée n'a pour objectif que de faire entrave à la volonté de Dieu, car sa finalité est d'arriver à la création de tout un genre humain destiné à ne jamais pouvoir s'exprimer correctement, puisqu’on ne peut jamais arriver à s'exprimer correctement dans la langue de quelqu’un d’autre. Or, quand on ne sait pas s'exprimer correctement, on ne sait pratiquement rien faire, car c'est la capacité à s'exprimer correctement qui induit à la capacité à savoir faire le reste correctement; étant donné que c'est la maîtrise d'un langage qui induit à la maîtrise du monde exprimé par ce langage.
La question de savoir pour quoi le négro-africain est devenu si médiocre en toute chose par rapport à ses voisins d’Europe ou d’Asie – à tel point que des théories ne font que pleuvoir de jour en jour [de Friedrich Hegel jusqu’à James Watson] pour chercher à prouver l'infériorité de toute une section humaine – n’a donc plus lieu d'être posée, car la réponse à cette question n’est pas aussi mystérieuse que ça. En fait, c'est le défaut de langue qui a abouti à un défaut de savoir-faire en toute chose.
Voilà pour quoi notre bataille face au dogme anti-égalitaire ne repose que sur une Loi Universelle – la loi de la manifestation des pouvoirs culturels et civilisationnelles de l'Être au moyen seul de son propre mode de vision et d'expression.
Objectifs
Il existe aujourd’hui un certain nombre de théoriciens qui ont commencé à vulgariser l’idée que, du fait du degré actuel de la conscience humaine, nous serions déjà arrivés à un niveau de l’évolution humaine où même l’esclavage doit être volontaire; c’est-à-dire que l’homme est devenu si conscient qu’il mérite d’être aussi libre que de pouvoir choisir même sa propre captivité.
Cependant, ce que ces théoriciens semblent oublier, à notre avis, c’est que la plupart des gens qui choisissent d’être esclaves, bien que si consciemment et si volontairement, ne sont jamais pleinement conscients de ce à quoi ils s’engagent – car le niveau d’esclavage de tout homme qui se trouve en captivité est strictement fonction de son degré d’inconscience.
C’est d’ailleurs pour cette raison que nous nous trouvons aujourd’hui dans une sorte d’impasse. Comment sortir les gens d’une condition qu’ils auraient eux-mêmes choisie volontairement? Et c’est là la plus grande difficulté de notre entreprise – créer des problèmes – c’est-à-dire convaincre les gens qu’ils ont besoin de résoudre des problèmes quand ils n’ont pas eux-mêmes la moindre suspicion que de tels problèmes existent.
Ce que nous voulons dire ici c’est qu’il n’existe pas de langues mâles, ni de langues femelles. La langue française ne peut pas aller à l’école, au bureau, en laboratoire, sur planète mars etc. etc. pendant qu’une langue aussi riche que la langue Fangh – bien plus riche que la langue française – reste à la maison pour faire à manger et chanter des louanges. Une telle stratification sociale entre l’homme et la femme ne marche plus. Elle n’était pas faite pour marcher.
La langue Fangh ne peut donc pas se faire l’épouse traditionnelle de la langue française; autrement dit, c’est l’homme Fangh qui se fait l’épouse de l’homme français.
L'homme Fangh n'est pas fait pour être féminisé! L’homme Fangh est fait pour tenir ferme dans sa connaissance de lui-même en tant qu'homme de Culture et d'Identité Fangh, par la force de sa langue maternelle à lui – La Langue Fangh –; tout comme l'homme français est un homme de culture et d'identité française, par la force de sa langue maternelle à lui – la langue française. Et il est ainsi destiné à s’élever dans l’histoire comme un homme de grande inspiration et de grande noblesse; un homme qui soit à même de se mesurer à un tout autre homme dans le monde, en faisant de sa langue maternelle – la Langue Fangh – l'outil central de son affirmation historique dans tous les sens de l'inspiration de l’âme humaine, tout comme la langue française est pour l'homme français l'outil central de son affirmation historique dans tous les sens; pour qu’en fin nous soyons tous humains d’un même paradigme.
Par conséquent, l’objectif de cette idée bénigne de concevoir un Précis de Grammaire Fangh est entièrement lié à notre ambition de créer un monde dans lequel l’homme Fangh soit à même de se dégager de sa domesticité culturelle actuelle vis-à-vis de l’homme français et de l’homme espagnol, tout simplement en faisant de la Langue Fangh une langue littéraire, scientifique et technologique.
Tout d'abord, nous entendons par langue littéraire une langue dont l'expression poétique, prosaïque ou dramatique soit rendue par un code scriptural formel qui puisse être transmit au moyen d'un apprentissage scolaire public (i.e. la littérature française, anglaise, suédoise, espagnole, allemande etc. etc.). Ceci veut dire que ce projet est à la recherche de la réalisation d'une littérature Fangh de même capacité expressive.
Ensuite, nous entendons par langue scientifique une langue en laquelle il soit possible de former des spécialistes de tout domaine de connaissance (i.e. biologie, astronomie, psychologie, sociologie, géologie, chimie etc. etc.). Ceci implique que ce projet est à la recherche de l'instauration d'un système éducatif dans lequel il soit possible de former des cardiologues en langue Fangh tout comme on en forme en langue italienne.
Et en fin, nous entendons par langue technologique une langue par laquelle il soit possible de s'exprimer aussi bien oralement que par écrit dans n'importe quel domaine d'application technologique (i.e. architecture, mécanique, électricité, informatique, tapisserie, pilotage etc. etc.). Ceci implique que ce projet est à la recherche de la création d'un monde dans lequel il soit possible de faire de l'informatique en langue Fangh tout comme on en fait en langue chinoise.
Mais pour qu'une langue puisse revendiquer un tel niveau d'expressivité et d'applicabilité, il faut obligatoirement qu'elle s'académise; car l’académisation des langues est le seul moyen qui, sans faute, a su libérer et restaurer toute communauté culturelle en situation de domination coloniale. Le terme "colonisation" n’est lui-même défini que par le fait d’une imposture culturelle – linguistique – étrangère.
C'est d'ailleurs pour cette raison que nous ne sommes pas d'accord avec certains de nos anciens avec qui nous avons dialogué au cours des 14 dernières années et qui semblent être d'avis que "ce n’est pas l’écriture qui fait l’homme, mais plutôt ses valeurs traditionnelles et mystiques, pourvu qu'elles soient bien appliquées."
Nous refusons cette vision pour une raison très simple: l’histoire semble elle-même nous obliger à constater que, avec ou sans tradition mystique, bien appliquée ou pas, ceux qui ne savent pas écrire leurs langues semblent toujours être les esclaves de ceux qui savent écrire les leurs. C’est un constat qui n’est pas négociable du tout, parce qu’il n’admet même pas une seule exception tout au long d’une fouille historique qui remonte à pas moins de dix mille ans.
Aucun peuple illettré ne s’est jamais surpassé dans l’histoire, malgré ses possibles grandes connaissances mystiques. Ce n'est pas pour rien que l'Afrique noire peut revendiquer une puissance mystico-spirituelle de renom [Celine Dion elle même nous fait parvenir sa conviction que seuls les marabouts d'Afrique ont le pouvoir de forcer son homme à l'aimer encore], mais cette Afrique demeure la domestique du reste du monde. Pour quoi? Parce que le reste du monde écrit ses langues tandis que l'Afrique n'écrit pas les siennes. D'ailleurs, les connaissances mystico-spirituelles elles-mêmes ne peuvent être mieux appliquées que si elles sont écrites en monogrammes formels.
Même les occidentaux eux-mêmes avaient mené une existence purement primitive et complètement désorganisée avant la migration de l’esprit de l’écriture dans leur monde.
Il ne faut donc pas croire que la race noire est une race si exceptionnelle qu’elle réussira à savoir s'organiser par une sorte d’impulsion divine (parce que Dieu aime le noir plus que le reste des humains) même s'il ne suit pas la démarche requise. Le Dieu des miracles est un Dieu très rare. Il est même très probable qu’un tel Dieu n’existe pas. Autrement dit, à quoi servent les Lois?
C'est pour quoi nous ne sommes pas intéressés à nous inventer une technique invocatoire qui puisse nous aider à mieux séduire Dieu pour triompher sans efforts, ni encore moins une technique occulte qui puisse nous aider à mieux pactiser avec le Diable pour réussir dans le monde. Nous sommes plutôt intéressés à faire appel à l'esprit d'Ekang, le seul esprit qui a fait ses preuves dans la perspective de l’affirmation de l’être. Car c’est Lui seul qui constitue tout l’enjeu de l’accession de l’homme à l’Humanité.
L’Afrique aura beau être déclarée le berceau de l’humanité, et même le devenir de l’être humain. Mais elle ne sera qu’un patrimoine mondial duquel tout le monde vient puiser à sa guise, pour ne laisser à l’africain lui-même que des miettes.
Ce que nous voulons dire ici c’est que si un africain peut se pavaner d’avoir puisé ses 30 palais parisiens des richesses de l’Afrique, c’est que la France aura déjà puisé un million de fois plus que ça. Ainsi, le serviteur n’aura puisé que l’équivalent des miettes de ce qu’aura puisé son maître.
Pour que le négro-africain soit le bénéficiaire principal de ses richesses aussi bien matérielles qu’immatérielles il faut que la révélation de ces richesses soit exprimée en toute plénitude dans la langue que Dieu a donnée à l’âme culturelle de l’homme noir.
Nous ne disons pas ceci parce que nous en sommes convaincus à partir de notre assiduité à une école qui enseigne une telle théorie; mais plutôt parce que nous savons, au moyen d’expériences historiques, que c’est comme ça que ça marche. Et c'est de là que tient notre objectif de possibiliser l’Académisation de la Langue Fangh, c'est-à-dire réaliser sa formalisation systématique par la définition méthodique d’un code orthographique formelle, afin que son l'usage public soit raffiné, harmonisé et uniformisé sur toute l’étendue du territoire Fangh.
Ce Complet de la Langue Fangh n'est donc pas un "Rapido-langue" dont pourraient se servir les exploitants français ou les explorateurs anglais en Afrique centrale; ni encore moins ne vise-t-il à faire de la langue Fangh la "langue nationale" de quelque territoire français ou espagnol d’Afrique centrale, pour forcer nos voisins les Punu, les Bamiléké, les Bubiè, les Ubangui ou les Bakongo à acheter notre langu; car le colonialisme, c'est pas notre truc!
La conscience Fangh n'a jamais eu besoin de se faire des clients pour être digne d'humanité. Tout au contraire, l'esprit Fangh n'est animé que par un seul principe – le principe Kârá, que d'aucuns ont souvent confondu avec le concept de "démocratie" tel que nous l'ont interprété nos maîtres de l'Occident. Mais il s'agit plutôt d'une libre compétition dans laquelle les collectivités humaines, selon leurs différentes inspirations culturelles et sur la base de leurs langues, sont toutes amenées à se concurrencer, sans que personne n'ait l'intention de dominer personne pour en faire un client ou un serviteur; mais plutôt de dépasser l’autre dans une dialectique historique qui n’a pour seul objet que d’amener tout le monde à chercher à dépasser tout le monde.
C'est pour cette raison que l'esprit Fangh n'est pas réputé comme un esprit guerrier pour dominer l'autre, mais plutôt pour le dépasser, tout en incitant l’autre à se dépasser aussi, afin que tout le monde puisse se réaliser face à tout le monde. Car c'est cela le destin de l'humanité: la réalisation de tout le monde face à tout le monde.
Le Complet de la Langue Fangh est ainsi essentiellement conçu pour servir de base normative à la Nation Fangh pour l’élaboration subséquente d’un ensemble de manuels grammaticaux, syntactiques et lexicaux à partir desquels l'Académisation de la Langue Fangh sera réalisable sous la forme d'un Centre Culturel Fangh qui, selon les besoins définis par notre projet, aura 5 départements principaux:
Le premier département aura la forme d'un siège administratif et dont la tâche sera non seulement de coordonner les activités de tous les autres départements, mais aussi de se mettre en rapport avec des structures aussi bien internes qu'externes œuvrant pour le développement et l'enrichissement de La Culture et La Langue Fangh, y inclus:
1 - Le siège d’un Haut Conseil Culturel Fangh qui sera un Organisme de Coordination Inter-régionale représentant toutes les régions du territoire Fangh [quelle que soit la colonie: Gabon, Cameroun, Guinée Espagnole, Congo et Centrafrique] et dont la mission sera d’amener le peuple Fangh tout entier à un renouvellement de sa prise de conscience collective en tant que nation appelée à une destinée commune pour son affirmation culturelle et sa réalisation civilisationnelle.
2 - Un Bureau de Relations Inter-coloniales dont la tâche sera de négocier avec les autorités coloniales actuelles pour introduire la langue Fangh comme matière obligatoire dans toutes les écoles françaises ou espagnoles actuelles se trouvant en territoire Fangh.
3 - Un Bureau de Relations Inter-culturelles qui aura pour tâche de permettre aux Représentants du Haut Conseil Culturel Fangh de dialoguer fraternellement avec ceux des autres Cultures Nègres à travers l’Afrique noire qui seraient intéressés à poursuivre de la même manière leur destinée civilisationnelle, pour un échange fructueux de stratégies de d’action.
4 - Un Bureau de Relations avec des Institutions Éducatives et Académiques [à l’exemple de l'UNESCO] et qui aura pour mission d'amener ces instances à reconnaître la légitimité de notre intuition de développer notre culture, et certainement de les amener à travailler avec nous dans le but d'inciter les jeunes à la composition d'œuvres littéraires en langue Fangh par l'octroi de bourses et prix etc. etc.
Le deuxième département aura la forme d'une maison d'édition et de promotion littéraire et dont la tâche sera de mettre sur pied un corpus initial d'oeuvres littéraires en langue Fangh, y inclus:
1 - Un service de collection de toutes les chansons qui ont été composées en langue Fangh, en commençant par les chansons traditionnelles jusqu'aux compositions modernes, pour leur réécriture formelle, en vue de la publication d'une Anthologie de la Poésie Musicale Fangh.
2 - Un service de collection des textes prosaïques qui ont été écrits en langue Fangh tels que "Nten Osua" de Galley, "Dulu Boan Be Afri Kara" de Ngutu, "Nnanga Kôn" de Njemba etc. etc. pour leur réécriture formelle, en vue de la publication des ‘‘Classiques Fangh’’.
3 - Un service d'analyse et d'édition de tous les textes qui seront soumis aussi bien par des auteurs libres que par des auteurs boursiers pour leur publication et leur promotion.
Le troisième département aura la forme d'une école dont le but initial sera d'expérimenter l'enseignement formel de la langue Fangh, y inclus:
1 - La conception d'un cycle d'enseignement pédagogique destiné à la formation des formateurs en langue Fangh.
2 - La conception d'outils didactiques destinés à un programme scolaire initial de trois niveaux correspondant certainement aux trois niveaux d'apprentissage des connaissances de base en langue anglaise, à savoir, niveau élémentaire, niveau intermédiaire et niveau avancé.
3 - L'enrichissement et le perfectionnement de ce programme initial jusqu'à la mise en place de cycles d'études équivalent aux cycles scolaires actuels des langues civilisées d'Europe et d'Asie, en vue d'instituer un système éducatif public Fangh aussi riche que le système éducatif français ou espagnol.
Le quatrième département aura la forme d'une compagnie de traduction et dont la tâche sera de traduire des oeuvres philosophiques, des travaux scientifiques et des manuels technologiques en langue Fangh à partir de toute langue civilisée: chinois, russe, allemand, turc, polonais, norvégien, anglais etc. etc. selon les besoins ciblés par ce projet, y inclus:
1 - La mise au point d'une textualité intégrale des philosophies, sciences et technologies qui se sont montrées favorables à l'éclosion d'une intelligence supérieure ainsi qu'à la réalisation de conditions d'existence meilleures et dignes chez les nations qui les ont mises à profit.
2 - L'identification et la reconstitution textuelle des philosophies, sciences et technologies Fangh qui soient capables d'apporter un plus à la pensée humaine ainsi que leur mise à la disposition du public, côte à côte avec les textes traduits de langues étrangères pour leur promotion aussi bien en Síefangh que vers le monde extérieur.
Le cinquième département aura la forme d'un bureau d'études techniques et dont la tâche sera de réhabiliter, concevoir et développer des méthodes et structures techniques purement Fangh, y inclus:
1 - La conception et le développement d'un clavier d'ordinateur qui soit beaucoup plus approprié à la graphie Fangh, pour l'utilisation de l'outil informatique en langue Fangh.
2 - La réhabilitation et le développement de la forge Fangh ainsi que toutes les autres techniques métallurgiques qui ont été pratiquées par la Nation Fangh tout au long de son histoire lointaine en tant que nation libre de structurer sa vie selon son inspiration.
3 - La réhabilitation, la conception et le développement de modèles architecturaux purement Fangh etc. etc.
En termes plus clairs, ce projet a pour finalité de provoquer la naissance technique d’une Civilisation Fangh.
La Civilisation Fangh ne peut pas faire partie de ces civilisations nègres qui n’existent que dans un mausolée virtuel d’hypothèses archéologiques, à l’exemple de ces ‘‘civilisations du Bas Nil’’ dont on parle tous les jours, mais qu’on n'arrive même plus à localiser dans ce bourbier arabe d'Égypte; ni encore moins la Civilisation Fangh ne doit-elle faire partie de ces civilisation nègres qui n’existent que sur un bout de papier, à l’exemple de ces ‘‘civilisations bantoues’’ dont on parle tous les jours, mais qu’on n’a jamais pu localiser dans cette forêt européenne d'Afrique tropicale.
Une civilisation c’est une substance; et non pas une abstraction. D’où l'existence d'une civilisation Fangh doit répondre à un certain nombre de critères pratiques respectant une démarche qui a fait ses preuves dans la perspective de l’érection des civilisations humaines. La civilisation Fangh doit être aussi réelle et aussi opérationnelle que la civilisation allemande; c’est-à-dire une civilisation qui reflète le produit matériel du dépassement inspirationnel de son âme culturelle, telle qu’exprimée à travers sa langue maternelle, et sur l’étendue de son territoire naturel.
Autrement dit, nous devrions arrêter d’employer le mot civilisation dans nos discours si nous ne sommes pas capables d’appliquer les fondements d’un concept aussi noble dans notre mode d’existence. Car l’emploi de mots vides de réalité, pour essayer de ressembler verbalement aux autres sans que nous ne soyons vitalement comme eux – c’est ça le fond de la faiblesse du nègre dans le monde. C'est d’ailleurs pour cette raison que nous avons déjà écrit quelque part que le nègre a besoin d’une thérapie sérieuse, pour apprendre à arrêter de se pavaner de l’imaginaire – le fait de ne plus savoir ce qu’il est réellement et finir ainsi par se vouer à de simples imaginations occidentales (des littératures imaginaires, des identités imaginaires, des civilisations imaginaires etc. etc.). Nous avons d’ailleurs déjà fait publier un livre de 700 pages de long pour explorer et expliquer tous ces pans relatifs aussi bien aux problèmes conceptuels qu’aux perspectives pragmatiques du continent africain. Il est vrai que ce texte – What is Wrong with Black People? (2007) – est en langue anglaise. Mais d’autres versions en sont bientôt en cours d’élaboration.
Ce projet est, pour ainsi dire, à la fois culturel et académique, mais aussi politique. Et c’est cela notre crainte la plus profonde. En effet, il se peut que certains d’entre nous finissent par voir en ce projet une entreprise trop dangereuse pour leur survie en tant qu’hommes et femmes joyeux des faciles retombées de ce que nos maîtres ont fait de nous – de simples clients, catalogués par les autres et éduqués à consommer leurs langues, leurs inventions, et leurs lois, contre tant de richesses, et avec tant d’obéissance.
Mais il arrive un moment où on ne peut plus faire semblant de ne pas savoir ce qu’on est. En fin de compte, la Loi est très simple: on ne peut pas parvenir aux cimes de son affirmation historique si on ne passe pas par les pouvoirs incarnés dans son propre mode de vision et d’expression. C'est pour cette raison que l’égalité des êtres ne passera jamais par les lois de nos maîtres qui ne cessent de nous répéter hypocritement que "tous les hommes sont égaux" pendant qu’ils tiennent les autres captifs de leurs valeurs. Non. Notre égalité aux autres ne passera que par notre capacité à appliquer les principes de l’évolution humaine dans notre monde.
En d'autres termes, le négro-africain ne peut pas égaler aux autres s’il continue de se montrer aussi inférieur que de croire que sa langue à lui ne peut lui être utile que pour exprimer des réalités ménagères et folkloriques, et que c’est plutôt la langue de quelqu’un d’autre qui doit l’aider à grimper l’échelle civilisationnelle. Ça ne marche pas. Ça n’a marché nulle part dans le monde. Si nous insistons avec ça, nous finirons inéluctablement comme nos cousins des Caraïbes qui ne sont plus que des sous-français ou des sous-anglais, sans culture, sans langue, sans histoire, sans intégrité humaine. Ça, ce n’est pas une condition qu’on devrait choisir volontairement.
Introduction au
Précis de Grammaire
Une langue donnée c’est une fenêtre vers une âme culturelle donnée, c'est-à-dire une substance intelligente incréée et immatérielle mais réalisable par les esprits germés au sein de la communauté humaine qui incarne son génie et supporte le poids de son inspiration telle que rendue à travers son mode de vision et d'expression.
Ceci fait d'une langue la marque ou la manifestation référentielle d'une inspiration collective. C'est d'ailleurs pour cette raison que le processus de formalisation d'une langue n'invente pas la langue qu'il entend formaliser. Il la décrit tout simplement à l'aide des méthodes analytiques d'un observateur averti.
Nous entendons par observateur averti l'homme qui, par sa liaison intime avec sa langue maternelle, c'est-à-dire l'expression de l'âme de sa collectivité culturelle, y ajouté son intuition propre en tant qu'entité sensible, capable de recevoir les esprits sémantiques qui animent les vocables de l'expression de sa substance culturelle; tout ceci combiné avec sa connaissance dialectique des mécanismes du verbe, peut ainsi rendre, avec une certaine fidélité et ponctualité, le comportement structurel et fonctionnel de la parole tout en possibilisant sa transformation en un outil puissant d'expression des subtilités intelligibles de l'esprit.
Voilà pour quoi il est regrettable que nous ayons aujourd’hui embrassé une mentalité coloniale qui ait voulu faire du nègre un simple objet de science que n'importe quel agent extérieur peut explorer, plutôt qu’un être humain capable de s’explorer lui-même; ce qui nous a entraînés dans une situation où des français, des anglais, et bien d’autres gens, se sont érigés en spécialistes des langues nègres, avec cette intention audacieuse d'enseigner ces langues à leurs propres natifs (comme si les français devraient s’attendre à ce que les chinois viennent leur apprendre leur propre langue).
Et malgré les erreurs commises par ces spécialistes étrangers de nos langues, aucun ethnologue, anthropologue ou linguiste nègre n’a pu, jusqu’à ce jour, censurer ces travaux. Bien au contraire, on continue d'enseigner Balandier à nos enfants, alors que Balandier n'a pratiquement rien compris de la culture Fangh. Ce n'est pas étonnant qu'il ait accusé les Fangh de vendre leurs filles, tout simplement parce qu'il a cru que l’ékpélé, qu'on donnait au père d'une nouvelle mariée, était une monnaie. Or, l'ékpélé n'a jamais été une monnaie en pays Fangh. L'ékélé, tout comme l'alò-kâm – et bien d'autres objets, fabriqués par des forgerons agréés, et qui étaient échangés au cours d'une cérémonie de mariage – n'ont jamais eu de valeur commerciale. Vous pouviez vous présenter dans un marché avec une cantine d'ékpélé, vous n'auriez jamais pu acheter quoi que ce fût avec tous ces ékpélé. Mais deux ou trois vous suffisaient à vous marier, parce que l'ékpélé n'était que le symbole rituel d'un acte social – l'acte de mariage. Rien que ça!
Maintenant, ce ne fut qu'avec l'arrivée du mercantilisme occidental – ce qui ne fut pas une mauvaise chose en soi – que, malheureusement, ceux qui interprètent souvent mal les choses ont vu, comme par enchantement, dans le mariage de leurs filles un moyen de résoudre leurs problèmes financiers. Et c'est à cause de cette mauvaise interprétation qu’on s’est finalement trouvé avec un faut syllogisme anthropo-sociologique, c'est-à-dire que "si par le passé on obtenait la femme avec l'ékpélé, et que par le présent on obtient la femme avec l'argent, il devient évident que l'ékpélé était certainement l'argent du passé" et, par conséquent, que le mariage chez les Fangh a toujours été une opération commerciale. Le grand frère Mesie mê Nguema (Francisco Macias) était lui-même tombé dans le piège de ce faut syllogisme lorsqu'il décida en 1975 de plaquer l'image d'un ékpélé sur ses billets de banque et qu'il appela ensuite "Ekpélé". Mais l’ékpélé n’était pas une monnaie à son origine.
Les mauvaises interprétations de l'homme blanc nous ont trop désorienté de notre intégrité humaine! Nous avons le devoir de savoir ce que nous sommes par nous-mêmes, et non pas par ceux qui passent des nuits blanches à concevoir des stratégies qui n’ont pour objet que de faire en sorte que nous ne soyons rien.
Nous avons même des cas extrêmes tels que celui de Jules Mba Nkoghe, linguiste Fangh, qui est allé jusqu'à postfacer l’œuvre de Raponda Walker, Éléments de Grammaire Fang, 1994, sans même se soucier de signaler au passage que Mr Walker s’est trompé sur la langue Fangh presque dans la totalité de son travail.
Il est bien probable que Mr Mba Nkoghe n’ait été formé linguiste que pour maîtriser les contours de la langue française (la formation du négro-africain d’aujourd’hui ne tient d’ailleurs que de la nécessité de l’éduquer à ne connaître que les valeurs de l’Occident). Mais en tant que natif Fangh, Mr Mba aurait bien pu établir quelques comparaisons élémentaires entre la langue française et sa langue maternelle, juste pour pouvoir constater l’essence des manquements du travail de Mr Walker.
Toutefois, notre intention dans ce propos n'est pas de nous en prendre à Mr Walker. Tout au contraire, nous saluons de tout cœur l’amour, mais surtout l’intérêt qu’il a manifesté vis-à-vis de notre langue, ainsi que l’effort qu’il a investi à essayer de faire un travail qui n’était pas le sien. C’est pour quoi ce que nous déplorons c’est plutôt l’absence presque totale de natifs Fangh qui auraient pu s’adonner à l’exploration de leur propre langue, et qui auraient peut-être pu guider Mr Walker dans sa passion.
Néanmoins, nous sommes tenus de reconnaître en toute franchise que, bien qu’émanant d’une si grande passion et d’un si grand courage, mais dû à l’empleur des manqements méthodologiques qui marquent le travail de Mr Walker, il n’est pas possible de s’en servir pour l’enseignement formel de la langue Fangh.
Ainsi, considérant que notre objectif principal dans ce travail est de donner à la langue Fangh la chance d'être enseignée formellement, nous devons doubler d’efforts à partir de cet outil de base jusqu’à tous les travaux que nous allons entreprendre d’élaborer dans l’avenir, pour faire en sorte que nos réalisations puissent possibiliser une méthode didactique et pédagogique fiable.
Nous saluons ainsi les batailles menées par des esprits tels que Monsieur Frank Idiata qui a toujours encouragé et qui est même allé jusqu'à initier un certain nombre de projets visant à possibiliser l’enseignement formel de nos langues maternelles à l’intérieur du Gabon. Cependant, ce qu’il est nécessaire de comprendre en ce qui concerne ce genre d’initiatives c'est qu’une langue humaine peut bien s'apprendre oralement sur le tas pendant que l'apprenant partage sa vie avec ceux qui la parlent. Mais aucune langue humaine ne peut s'enseigner oralement! Nous devons savoir faire la différence entre ces deux possibilités.
Il s’agit donc tout simplement de reconnaître qu’il n’est pas possible d’enseigner des langues pour lesquelles on n’a encore élaboré aucun code scriptural formel. Il n’est pas possible d’enseigner des langues pour lesquelles il n’existe ni précis de grammaire ni dictionnaires, ni textes littéraires de quelque nature.
En un mot, on ne peut pas enseigner des langues illettrées. Personne ne peut le faire. Cela n’a jamais été fait nulle part dans le monde. Et c’est pour cette raison que nous avons le devoir d'apprendre à commencer les choses par là où il faut commencer si nous voulons réussir, car il ne s'agit pas de passer le temps à crier haut qu'on veut faire quelque chose si on ne prend pas d'abord le temps d'apprendre comment le faire.
C’est pour quoi, afin de donner à ce travail ce visage méthodique, nous avons dû choisir la démarche de la formalisation orthographique, grammaticale et lexicale avant de penser à son enseignement dans quelque décor que ce soit.
Par ailleurs, ce que l'histoire semble nous enseigner aussi c'est que la particularité des peuples conquis, tel que le nôtre, est que leurs membres finissent souvent par avoir un usage beaucoup plus intelligible des langues de leurs conquérants. C'est pour cette raison qu'il faut souvent passer par les langues des conquérants pour développer les langues des conquis. Ce n'est donc pas surprenant que les premiers précis de grammaire française aient été écrits en latin, c'est-à-dire que les français ont dû passer par le latin pour s'expliquer sur le fonctionnement de leur propre langue, puisque les francs, à cause de leur colonisation par les romains, avaient dû acquérir au fil des siècles un usage du latin beaucoup plus intelligible que celui qu'ils avaient maintenant de leur propre langue.
Pour réussir, nous allons passer par la même méthode en utilisant la langue française dans la mesure où elle est, en ce moment, beaucoup plus accessible à la plupart d'entre nous par rapport à notre propre langue Fangh. Une version espagnole de ce travail est parallèlement en cours d'élaboration pour la portion du peuple Fangh qui a été ‘‘hispanisé’’ - (nous pensons à ceux de la Guinée Espagnole).
Néanmoins, l'utilisation de ces langues colonisatrices dans nos manuels sera éliminée graduellement, au fur et à mesure que notre langue s'académisera davantage; jusqu'à ce que nous arrivions à un point où nous n'aurons plus besoin de nous expliquer en langues étrangères.
Notre conviction est telle que ce choix est le meilleur, car c’est le seul qui a fait ses preuves depuis un passé très lointain. D’où nous a-t-il été nécessaire de suivre cette démarche dans l’élaboration de cet ouvrage initiatique – Le Complet de la Langue Fangh – qui est un manuel non seulement révolutionnaire mais aussi parfait, dans la mesure où non seulement a-t-il su faire ressortir pratiquement la totalité de la richesse expressive de la langue Fangh dans toutes ses variations régionales, mais il a aussi réussi à élaborer un code graphique aussi limpide qu’il a pu anticiper un nombre indéterminé de pièges didactiques et pédagogiques pour l’enseignement public de la langue Fangh ainsi que son utilisation comme futur outil performant d’expression artistique, littéraire, philosophique, scientifique, technologique et politique.
Et, en dernier lieu, nous pensons qu’il est nécessaire de nous expliquer sur la raison pour laquelle nous avons décidé de rompre avec l’emploi de l’orthographe coloniale ‘Fang’ pour Fangh. En effet, en langue Fangh, le son final ngh du mot Fangh est une phonation gutturale nasale faible; ce qui est différent de ce qu’aurait pu être la phonation gutturale nasale forte ng de ‘Fang’.
Pour assimiler la différence entre ces deux sons, il suffit de comparer la prononciation du mot Fangh mininghá (femme) avec la prononciation du mot Mungala moninga (frère). Chez les Fangh, le son final du mot mininghá se prononce comme dans le mot mfânghá (chaîne), alors que chez les Bangala, le son final du mot moninga se prononce plutôt comme dans le mot Lingala.
En outre, cette différence est également accentuée par un jeu d’influence phonique inter-syllabique, c’est-à-dire l’influence que peut avoir la phonation d’une syllabe sur celle d’une autre syllabe qui la suit immédiatement. Par exemple, si la syllabe qui précède le son [ŋ] a pour consonne de base une consonne voisée ou vibrée tel que la consonne labio-dentale [f] ou la consonne alvéolaire fricative [s], cette influence voisé va nécessairement se répercuter sur la phonation du son [ŋ] qui va la suivre. En revanche, si la syllabe qui précède le son [ŋ] a pour consonne de base une consonne plosive telle que la consonne gutturale k ou la consonne labiale p, cette influence plosive va également se répercuter sur la phonation du son [ŋ] qui va la suivre. C’est cela qui fait la différence entre le mot Fangh et le mot Ekang.
Ce sont ces différences phoniques de notre langue, que les colonisateurs n’ont pas pu déceler quand ils se sont engagés à recenser les noms de nos cultures et même à essayer d’écrire nos langues.
Il faut reconnaître que les premiers administrateurs coloniaux qui étaient chargés de ces missions n’étaient pas aussi intelligents que ça, et surtout en matière de manipulation de l’écriture. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous nous retrouvons aujourd’hui avec un grand nombre de noms mal écrits et mal prononcés. Par exemple, on s'est retrouvé avec une ville appelée Makokou alors que c’est plutôt Mekvughe; tout comme on s'est retrouvé avec une ville appelée Mbalémayô alors qu'il s'agit plutôt de Mbâl-Meyo etc. etc.; sans oublier le cas des noms propres de personnes, à l’exemple du nom ‘Ngoua’ qui existe chez nous aujourd’hui tout simplement parce que ces administrateurs n’ont pas su comment former le son gb pour pouvoir écrire le nom Ngbá correctement; tout comme on a le nom ‘Okoué’ aujourd’hui tout simplement parce qu’ils n’ont pas su comment former le son kp pour pouvoir écrire le nom Okpè correctement. Ce n’est pas pour rien que le Premier Ministre de l’actuel Gabon s’est trouvé obligé d’avertir ses collègues du gouvernement en leur disant que tous ceux-là qui parlaient de Mr ‘Éyégué Ndòng’ devaient savoir qu’ils ne parlaient pas du Premier Ministre, car le Premier Ministre s’appelle plutôt Eyeghe Ndong.
Si vous voyagez en voiture de Libreville (Gabon) jusqu'à Boar (Centrafrique) en passant par Yaoundé (Cameroun), vous aurez envie de pleurer, sauf si vous n'êtes pas Fangh – les noms de villages que vous parcourez, tels qu’écrits sur les panneaux d'indication de directions, n'ont pratiquement rien de Fangh. C'est comme si c'était des villages français.
Mais, puisqu'il n'est pas permis à un domestique de révoquer l'œuvre de son maître, on ne peut que continuer à mal écrire et mal prononcer nos noms, comme si nous ne savions plus qui nous sommes!
Notre position est donc très simple: le temps doit être venu pour que nous apprenions à connaître ce que nous sommes. Il y a eu un moment où les romains eux-mêmes ont déformé la mémoire culturelle du pays franc jusqu'à proclamer une bonne partie du peuple franc comme citoyens de Lugdunum. Mais les francs on dû finir par forcer leurs maîtres à comprendre qu'il s'agissait plutôt de Lyon.
Le nègre doit pouvoir forcer ses maîtres à comprendre qu’ils ont commis beaucoup d’erreurs, afin de reconquérir sa véritable substance identitaire, et ainsi accéder à l'humanité par ce qu'il est vraiment.
Joe Mintsa
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